Alessandro Rosica, l'influenceur qui menait ses abonnés vers les casinos offshore

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Alessandro Rosica, l'influenceur qui menait ses abonnés vers les casinos offshore
Photo by Zoshua Colah / Unsplash

Solo la verità. Alessandro Rosica a bâti sa notoriété sur les scandales des célébrités en Italie. Mais derrière les scoops se cache une autre activité. Notre enquête montre comment l'influenceur participe à des programmes d'affiliation pour des casinos offshore, dans une industrie où la valeur d'un créateur se mesure à la taille de son audience et à sa capacité à recruter de nouveaux joueurs.

Pendant plus de dix ans, Alessandro Rosica s'est imposé comme l'un des visages les plus connus du gossip italien. Sous le pseudonyme d'Investigatore Sociale, il promet à ses près de deux millions d'abonnés des révélations sur les célébrités, les infidélités, les ruptures et les coulisses du show-business. Son modèle repose sur la publication, avant les autres, d’informations que le public attend avec impatience. Rien n’intéresse plus que les coucheries des gens célèbres.

Rosica cultive soigneusement son image. Il a beau copier les codes des influenceurs, poster tous les jours et sortir dans les mêmes lieux à la mode de Milan, il met un point d’honneur à ne pas être comme eux. Lui, il est différent. Il se présente comme un enquêteur indépendant, proche de ses sources, capable d'obtenir des informations exclusives sur les personnalités les plus suivies d'Italie. Cette réputation lui a permis de bâtir une audience considérable, qui fait aujourd'hui de lui l'un des comptes Instagram people les plus connus du pays. Ses scoops sont parfois même partagés par les grands médias italiens. Mais derrière cette activité très médiatique apparaît un personnage plus complexe.

Alessandro Rosica a réussi à révéler avant tout le monde des scoops comme la grossesse de Gaia Bianchi ou les tromperies de Bresh. Il aime aussi critiquer régulièrement le football qui ne serait qu’une vaste fumisterie mondiale, et surtout il honnit la télévision italienne et particulièrement Mediaset. D’un point de vue quantitatif, ses contenus reposent en grande majorité sur ses commentaires de l’actualité people, plus que sur des scoops. Il donne son avis sur les informations des autres. SI certaines exclusivités ont été vérifiées, la grande majorité de ce qu’il dit n’est pas vérifiable. Pourtant cela suffit pour qu’une base de fan croit sur parole chacune de ses informations. Il décide seul de ce qui est vrai ou pas.

Car Alessandro Rosica est un gentil. Il s’est créé un personnage attachant. Il avoue avoir une légère phobie sociale. Et surtout il se considère un homme sincère qui lutte contre toute la méchanceté du monde. Il affirme ne dire que la vérité, seulement la vérité, toute la vérité. Et cette intégrité affirmée, associée à sa solitude affichée, permet à beaucoup d’âme en peine de s’identifier.

Son compte lui sert aussi à se venger de ses insatisfactions quotidiennes, comme ce message adressé à une personnalité de la télévision : « J'ai tout sauvegardé, absolument tout. Je sais tellement de choses sur toi, bien plus que tu ne peux l'imaginer. Continue de me sous-estimer, car tôt ou tard, ta fin médiatique arrivera ici même. » Sur sa chaîne Telegram, il vaut mieux ne pas le remettre en question non plus, ni même le contredire, vous risqueriez de vous voir exclu, de son propre aveu. Si vous voulez lui parler en privé, il a mis en place un système de paiement. Il faut désormais débourser près de 50 euros sur Telegram par message direct. Même s’il répond encore à certains sur Instagram gratuitement. Il intimide aussi avec des chantages : « Si le groupe ne reste pas actif, je le supprimerai le cœur gros. » Et si vous vous risquez à placer un commentaire qui ne lui plaît pas sur Instagram, rien qu’une fois, vous êtes bloqué immédiatement. Le chantre de la liberté d’expression a sa propre définition du concept. Mais ce n’est pas grave car il poste régulièrement des cœurs pour compenser.

Derrière le personnage

Alessandro Rosica a été découvert par le public italien lors d’une l’affaire de harcèlement sexuel en 2019. Puis de rétractations de témoins et de classement sans suite. Claudia Zanella, la femme du mis en cause a affirmé que Alessandro Rosica avait tenté de lui soutirer de l’argent. « Bien plus tard, il a demandé deux mille euros, un prêt. Il a promis de me rembourser jusqu'au dernier centime. Il a menacé de se suicider parce qu'il était harcelé par des usuriers. » La vie n’aurait pas toujours été rose pour Alessandro.

Sur les réseaux sociaux, il a également fait part de sa lutte pour récupérer sa fille. Nous pouvions y suivre ses déboires et sa bataille pour faire reconnaître ses droits parentaux. Les documents judiciaires ukrainiens consultés dans le cadre de cette enquête montrent que Rosica entretient depuis longtemps des liens avec l'Ukraine. En 2016, il rencontre son ex-compagne (qui n’a pas répondu à nos sollicitations). Les deux entament une relation. Leur fille naît à Odessa. Les décisions de justice consultées racontent une histoire très différente de l'image légère qu'il projette sur Instagram. La procédure de reconnaissance de paternité a été ouverte en 2024. Un tribunal qui n’a pas connaissance des coordonnées de Rosica, des audiences devant le tribunal de Dobroslav, puis un accord homologué fin 2025 reconnaissant officiellement Alessandro Rosica comme père de l'enfant. Et une procédure initiée également par la mère de l’enfant pour obtenir une pension alimentaire en 2024.

Depuis environ deux ans, une autre destination, le Venezuela, revient constamment dans ses publications. Rosica y séjourne régulièrement, plusieurs semaines, plusieurs mois. Il documente peu ces déplacements. Officiellement il voyage et publie régulièrement des images prises sur place. Lors du séisme qui a frappé le pays en 2026, il ira jusqu'à diffuser publiquement ses coordonnées bancaires italiennes et son identifiant Binance afin de solliciter une aide financière auprès de ses abonnés. Pris isolément, aucun de ces éléments n'a de lien avec les casinos en ligne. Mais au fil de notre enquête, une deuxième activité est apparue. Et c'est elle qui raconte une tout autre histoire.

Les liens vers des casinos interdits

Tout commence par une série de liens publiés dans les stories Instagram de Rosica. À première vue, ils ressemblent à n'importe quel lien promotionnel. Pourtant, ils ne renvoient pas vers un simple site Internet mais vers une succession de redirections techniques avant d'aboutir sur des casinos en ligne. Les marques peuvent changer.

Pendant plusieurs mois, Alessandro Rosica diffuse successivement des liens vers Winnita, SlotsGem puis Lizaro. À chaque fois, les domaines intermédiaires sont différents. Un jour il s'agit d’une landing page. Quelques semaines plus tard apparaît une autre. Puis d'autres domaines prennent le relais. Ces changements permanents pourraient laisser penser qu'il s'agit de campagnes indépendantes. En réalité, chaque lien contient des paramètres techniques.

Ces paramètres sont caractéristiques des plateformes d'affiliation, utilisées dans l'industrie du jeu en ligne. Ces petits codes permettent au réseau de savoir précisément quel partenaire a envoyé quel joueur sur le casino. C’est-à-dire que lorsqu'un internaute clique sur le lien publié par Alessandro Rosica, s'inscrit puis dépose de l'argent, le système est capable d'attribuer cette inscription à son identifiant d'affilié. Le domaine change. La marque change. Le casino change. Mais l'affilié reste le même.

Alessandro Rosica ne se contente donc pas de partager un lien trouvé au hasard sur Internet. Les éléments techniques observés de manière répétée montrent qu'il participe à un programme d'affiliation destiné à recruter de nouveaux joueurs pour des casinos en ligne. Cette distinction est essentielle. Un influenceur peut promouvoir ponctuellement un produit. Un affilié est rémunéré selon les performances de son trafic. Toute l'économie du système repose sur cette différence. Avoir beaucoup de followers lui sert alors à gagner de l’argent grâce à des casinos interdits en Italie. Car la suite arrive.

Une publicité jamais présentée comme telle

En Italie, la promotion commerciale réalisée par un influenceur est encadrée. L'AGCOM, le régulateur italien des communications, a adopté des lignes directrices imposant davantage de transparence aux créateurs de contenu. Or, dans les stories analysées, les liens vers les casinos apparaissent comme de simples recommandations personnelles. Ils ne sont pas accompagnés d'une mention explicite indiquant qu'il s'agit d'une communication commerciale. Pourtant il en poste presque tous les jours. Cette absence de transparence pose déjà une première question, sachant que Alessandro Rosica affiche clairement sur son profil être inscrit à l’AGCOM. L’histoire de dit pas ce qu’il déclare officiellement aux impôts, vu qu’il n’a pas répondu à nos messages.

Mais un second problème est soulevé. Le casino Winnita, régulièrement promu par Rosica, fait partie des sites bloqués par les autorités italiennes dans le cadre de la lutte contre les opérateurs non autorisés. Les fournisseurs d'accès italiens sont tenus de rendre ces sites inaccessibles. Or Alessandro Rosica continue d'orienter son audience à travers des systèmes de redirection constamment renouvelés. Il fait la promotion de sites interdits par les douanes italiennes.

Cette apparente contradiction constitue le point de départ d'une industrie bien plus vaste. Derrière lui se déploie un écosystème mondial où les casinos, les plateformes d'affiliation, les sociétés techniques, les structures offshore et les prestataires spécialisés forment une chaîne économique parfaitement organisée.

Alors, si certains ne voient pas le problème à faire la promotion de casinos interdits et sans licence, on va entrer dans le dur.

Les influenceurs, première ressource des casinos

Car selon Ismail Vali, président de Gaming Compliance International (GCI), « le marché du bruit blanc est un paysage en ligne mixte où les jeux d’argent en ligne réglementés et non réglementés rivalisent désormais aux côtés d’un secteur non reconnu en pleine croissance. Il s'agit de produits qui prétendent souvent ne pas être des jeux de hasard, mais partagent généralement les mêmes caractéristiques: une mise, une incertitude et la perspective d'une récompense. Les consommateurs ne les considèrent pas comme des secteurs distincts. C’est la conséquence de la gamification de tout qui s’est accélérée pendant la pandémie. Les consommateurs font de plus en plus de choix en fonction de la manière dont les produits leur sont présentés et commercialisés, plutôt que de la manière dont ils sont classés par la loi et la réglementation. »

Or la valeur du jeu en ligne non-régulé dans le monde (paris sportifs, casino et poker) représente 5 900 milliards de dollars par an (c’est-à-dire le montant total misé). C’est le troisième plus grand flux financier de la planète, juste après les États-Unis et la Chine, si l’on considère le jeu non régulé comme un « pays ». En termes de croissance depuis 2023, on observe 5 100 milliards de dollars en 2023, puis 5 700 milliards en 2024, puis 5 900 milliards de dollars en 2025. Sur cet argent perdu par les clients, 78 % des sommes vont à des opérateurs non régulés et non licenciés, et seulement 22 % vont à des opérateurs licenciés. On comprend alors pourquoi il existe autant d’affiliés. Et pourquoi on paie si cher les influenceurs pour qu’ils envoient du trafic.

Les groupes criminels transnationaux se sont toujours intéressés au jeu. La première raison est que c’est un excellent outil de blanchiment d’argent du crime. Mais depuis sept ans environ, un autre intérêt s’est ajouté. « C’est un secteur formidable pour récolter des données sur l’audience, ajoute Ismail Vali, également fondateur de Yield Sec, plateforme de protection du marché destinée aux marchés des paris, des jeux d'argent et des loteries. « Le même client à qui l’on vend du jeu illégal fournit aussi des données très utiles. On apprend qu’il ne paie pas son prêt immobilier à temps, qu’il ne peut pas obtenir de crédit bancaire, qu’il n’a pas de compagne. Autant d’informations exploitables pour lui vendre autre chose, comme d’autres produits criminels en ligne, des rencontres en ligne frauduleuses, des faux prêts immobiliers, etc. »

Concernant les affiliés, ils représentent l’un des maillons de cet écosystème. Ces personnes dirigent l’audience d’un point A à un point B, puis à un point C, et ils sont payées pour cela. « Un influenceur Instagram comptant 150 000 abonnés, surtout s'il bénéficie d'une audience très portée sur le sport, peut convertir une part significative de cette audience en clients pour les jeux d'argent », explique Ismail Vali. Aujourd’hui presqu’un quart de la population s’intéresse au jeu et cette proportion augmente. « Dans des pays comme la Suède et l'Islande, les taux de participation sont exceptionnellement élevés. Cela crée une audience importante que les affiliés et les influenceurs ont tout intérêt à cibler. »

Ces influenceurs-affiliés sont alors payés pour envoyer leur audience vers ces sites. « Vous trouverez donc énormément de recommandations, d’avis, de vidéos disant: J’ai joué sur ce site, j’ai gagné, c’est un endroit merveilleux. S’ils disent cela, c’est parce qu’ils sont payés pour le dire, et à chaque clic sur ce lien, ils seront payés à nouveau », ajoute l’expert. De plus, l’affiliation dans le jeu ne se limite pas à envoyer un client une seule fois. Chaque fois que ce client mise de l’argent, l’affilié, donc l’influenceur, touche une part des revenus. « Les accords de partage des revenus prévoient généralement pour les affiliés environ 25 % des revenus nets des jeux générés par les clients qu’ils ont apportés, estime Ismail Vali. Il est important de comprendre que les affiliés / influenceurs se trouvent donc structurellement en situation de conflit d’intérêts du fait de leurs incitations commerciales. »

Plus les joueurs perdent, plus l'influenceur gagne

Mais il existe également un point important souvent ignoré du grand public. Plus les personnes envoyées par l'influenceur perdent d'argent, plus l'influenceur en gagne. Beaucoup imaginent que les influenceurs sont rémunérés lorsqu'un internaute clique sur un lien. La réalité est souvent bien différente. L'affilié ne touche pas simplement une commission lorsqu'un joueur ouvre un compte. Il touche souvent sur les pertes. Il faut donc toujours de nouveaux joueurs.

« En France, seuls les paris sportifs en ligne sont autorisés dans le cadre réglementaire français des jeux d'argent en ligne », ajoute Ismail Vali. « Les jeux de casino en ligne restent interdits. La criminalité organisée observe ce marché et y voit une demande insatisfaite des consommateurs. Or cette demande existe bel et bien pour les jeux de casino en ligne, malgré l'interdiction. » Ismail Vali est le fondateur et ancien PDG de Yield Sec, la première plateforme permettant de mesurer et de comprendre en continu l'ensemble du marché des jeux d'argent en ligne. La société a été rachetée par Gaming Compliance International (GCI). Ses capacités d'analyse du marché permettent désormais de mesurer et de comprendre en permanence le marché global des jeux d'argent en ligne de chaque juridiction.

Car, pendant que les opérateurs réglementés doivent obtenir des licences, se conformer à des obligations réglementaires strictes, payer des impôts et se soumettre à un contrôle constant, les opérateurs non réglementés supportent peu, voire aucun, de ces coûts, tout en se disputant exactement les mêmes consommateurs. Ils captent une grande partie de cette demande non satisfaite du marché avec une rentabilité nettement supérieure grâce à leurs coûts de production plus faibles.

Et les structures sont volontairement complexes. Winnita, la plateforme la plus promue par Alessandro Rosica, a déclaré être attachée à des entreprises comme Traflow media n.v., devenue par la suite Fun fusion n.v., qui possédaient des licences de jeu au Curaçao. Aujourd’hui, non seulement les licences de ces entreprises ont été révoquées, mais Winnita affirme simplement sur son site ne plus avoir de licence du tout. Elle ne le cache même pas.

Traflow Media N.V. utilisait en plus deux sociétés qui agissaient comme représentants au sein de l'Union européenne, Solvexi et Neticss. Le numéro au registre chypriote correspond en réalité à Vortexi. Le bénéficiaire réel de Vortexi, donc de la filiale chypriote de Traflow qui encaisse les paiements des joueurs italiens, est délibérément masqué derrière un avocat nominee et une société de services spécialisée dans la confidentialité Legarithm. Cette structure est légale à Chypre, mais elle est utilisée ici pour opérer un casino sans licence vers le marché italien, en violation de la loi. Legarithm est une société de services de formation de sociétés à Chypre qui propose explicitement des services. C'est une structure de séparation classique : les actifs commerciaux dans une entité, les actifs techniques dans une autre, hors de portée des régulateurs européens.

Beaucoup de licences, dont celle de Winnita, viennent de Curaçao et une même licence est revendiquée par plusieurs casinos en ligne. Une légende tenace du secteur prétend que les premières licences principales de Curaçao ont été obtenues par la pression criminelle sur un ministre. Aucune preuve crédible n'a jamais étayé cette histoire, mais sa persistance témoigne de la réputation que l'ancien système de licences s'est forgée au sein de certains acteurs du secteur. Selon Ismail Vali, « au lieu d'octroyer directement des licences aux opérateurs, l'ancien système de Curaçao s'appuyait sur un petit nombre de titulaires de licences principales, sous lesquels des milliers de sous-licences étaient ensuite délivrées. Cette structure est devenue l'un des plus grands écosystèmes de licences de jeux d'argent offshore au monde avant que Curaçao n'introduise un nouveau cadre de licences directes à partir de 2024. »

D’ailleurs, ces opérateurs ont-ils réellement besoin de ces licences de Curaçao ? « Ce dont les opérateurs non réglementés ont réellement besoin, ce sont des accords d'approvisionnement : jeux, traitement des paiements, infrastructure d'hébergement, canaux marketing, partenariats et, dans certains cas, accès à du contenu sportif premium. Ces relations commerciales sont, en fin de compte, bien plus importantes que la licence elle-même. » Si l’on détient une licence à Curaçao, on ouvre ainsi un compte bancaire à Curaçao, ce qui permet aussi d’ouvrir des comptes au Nicaragua, au Guatemala et dans plusieurs autres pays d’Amérique latine. C’est la même logique avec Malte. Une licence maltaise permet d’ouvrir des comptes bancaires partout dans l’Union européenne, puisque Malte en fait partie.

Et les pays d’Amérique latine, comme le Venezuela ou le Panama, peuvent être alors un excellent point de passage pour déplacer les fonds ailleurs sur le continent. Curaçao est un endroit où l’on ne veut pas forcément garder son argent. On y traite les opérations, puis on le fait sortir rapidement. Fondamentalement, que veut un criminel ? Il veut voler l’argent d’autrui sans jamais être pris avec ce stock entre les mains. Il veut déplacer son argent vers un endroit où règne l’État de droit. Pour le blanchir, il faut ensuite le faire passer par plusieurs pays. Le Venezuela permet ainsi de retirer du cash, en raison de tous les problèmes politiques et du contrôle des changes que le pays a traversés, il faut être physiquement présent sur place pour sortir l’argent, un peu comme en Argentine. Dépenser de l’argent directement depuis le Venezuela n’est pas simple ; en revanche, si l’on peut retirer du cash au Venezuela puis le faire passer la frontière vers le Panama, la Colombie ou le Nicaragua, on peut ensuite le faire transiter par des circuits bancaires. L’essentiel, c’est de faire circuler l’argent en permanence. On ne veut jamais se retrouver dans une situation où tout son argent est bloqué au Venezuela au moment où le gouvernement s’effondre, ou saisi à Curaçao par les autorités.

Au cours de notre enquête, nous avons observé un phénomène récurrent. Les noms changent. Les domaines changent. Les casinos changent. Mais les mécanismes restent exactement les mêmes. Lorsqu'un casino devient trop visible ou fait l'objet de blocages, un autre prend sa place. Lorsqu'un domaine est référencé par les autorités ou les navigateurs, un nouveau domaine est enregistré. Lorsqu'une campagne publicitaire est interrompue, une autre commence immédiatement. Le produit n'est donc pas un casino. Le produit est une chaîne industrielle prête à être réutilisée. Et même si le casino est interdit, rien n’empêche de l’utiliser quand même.